L’ombre de la guerre

A la Maison européenne de la photographie, jusqu’au 25 septembre

Lorsque l’on pénètre dans la salle consacrée à l’exposition « L’ombre de la guerre », on est immédiatement plongé au cœur de la violence. Une photographie de James Nachtwey, prise au Nicaragua en 1984, présente un corps démembré, ridicule pantin dont il ne demeure que les jambes et la colonne vertébrale, abandonné au beau milieu de la verdure. Certains visiteurs restent stoïques, d’autres poussent un petit cri d’effroi. Tous sont désormais entrés dans le vif du sujet.

La superbe exposition présentée à la Maison européenne de la Photographie rassemble 90 photographies marquantes du reportage de guerre, depuis la Guerre civile espagnole (1936) jusqu’au Liban (2007). Nombre d’entre elles sont des chefs d’œuvre du genre : le soldat traumatisé par les bombes au Vietnam (Don McCullin), la veillée funèbre au Kosovo (Georges Merillon), le drapeau américain planté à Iwo Jima pendant la seconde guerre mondiale, le milicien frappé à mort pendant la guerre civile espagnole (Robert Capa)… Certaines décrivent une horreur brute et intolérable, tandis que d’autres atteignent une dimension symbolique, à l’image du corps sans vie porté par les soldats nicaraguayens qui évoque incontestablement le Christ en croix.

Si l’exposition s’intitule l’Ombre de la guerre (et non des guerres), c’est bien qu’elle s’intéresse à la dimension universelle de ces conflits : barbarie, peur, souffrance, deuil en sont les aspects récurrents. Les photographies, qui n’ont d’ailleurs pas été regroupées chronologiquement ni en fonction du sujet traité, se font étrangement écho, par-delà les frontières et les époques. Néanmoins, chaque œuvre est accompagnée d’un texte descriptif permettant de saisir le contexte de la prise de vue et de se rappeler les enjeux de ces innombrables guerres. Enjeux que l’on aurait d’ailleurs tendance à oublier à une époque où crimes raciaux, nettoyages ethniques, querelles religieuses, guerres civiles et internationales se mêlent dans un indéchiffrable fatras. Iran, Nicaragua, Irak, Chine, Koweït, Kosovo, Bosnie, Afghanistan, Darfour, Angola, Rwanda, Cisjordanie, Tchétchénie… De toutes ces manifestations de la folie humaine réunies en une seule pièce se dégage un profond sentiment d’absurdité. Que penser du regard pénétrant d’un taliban, lorsqu’il se trouve confronté à des enfants angolais estropiés ou des victimes du génocide rwandais ?

Chaque photographie est une réussite, et pourtant elles gagnent encore en intensité en étant confrontées ainsi les unes aux autres.

L’exposition nous interroge également sur le pouvoir des images qui s’accumulent aujourd’hui dans les journaux et sur les écrans de télévision, faisant naître chez les spectateurs européens une fausse impression de proximité, mais surtout une indifférence grandissante à l’égard des victimes. A croire que l’on s’habitue à tout, même au pire.

Les œuvres exposées, tantôt poétiques, documentaires ou symboliques, donnent enfin une idée juste du drame humain qu’est la guerre, engageant les visiteurs à réfléchir à l’avenir de l’humanité. Comme le disait Cornell Capa : « les images, à leur maximum de passion et de vérité, possèdent le même pouvoir que les mots. Si elles ne peuvent apporter de changements, elle peuvent, au moins, nous fournir un miroir non faussé des actions humaines et ainsi provoquer un réveil des consciences ».

Camille P.

Publicités
Cet article a été publié dans Expos. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s