Giacometti et les Étrusques

« Giacometti et les Étrusques » à la Pinacothèque de Paris, jusqu’au 8 janvier 2012

La Pinacothèque de Paris finira-t-elle par apprendre de ses erreurs ? Cette question peut sembler légitime lorsqu’on visite l’exposition « Giacometti et les Etrusques » qui souffre visiblement des mêmes symptômes que celles qui l’ont précédée (on pense au Voyage imaginaire d’Hugo Pratt, notamment).

Cette lecture inédite – et quelque peu tirée par les cheveux, le titre faisant étrangement songer à un album d’Astérix – de l’oeuvre du sculpteur suisse court deux lièvres à la fois : d’une part, elle souhaite faire découvrir aux visiteurs les mystérieux Étrusques qui furent à l’origine d’une forme d’art exceptionnellement riche (sarcophages sculptés, bijoux, poteries, urnes funéraires, figures guerrières puissantes…), d’autre part, elle tente de souligner l’influence qu’eurent ces derniers sur Giacometti. Ses sculptures « verticales, émaciées à l’extrême » en sont certainement les plus flagrants témoignages : comment nier la ressemblance entre les Femmes de Venise et l’Ombre du soir, œuvre emblématique de la civilisation étrusque ?

Si l’idée de départ paraît séduisante, l’exposition, pour sa part, s’avère décevante. La première partie (à l’étage) est exclusivement consacrée à l’Etrurie. Les pièces, diverses et variées, y sont réparties chronologiquement, au gré des quatre principales périodes de cette civilisation : époques villanovienne, orientalisante, archaïque et hellénistique. Pendant un instant, on se demande ce qu’il a pu advenir de Giacometti : à l’exception de deux sculptures isolées au beau milieu des œuvres antiques (sans le moindre rapport entre elles, d’ailleurs), l’artiste est totalement absent de cette première partie. Peut-être réapparaîtra-t-il par la suite ? On n’y croyait plus, mais le rez-de-chaussée rassemble en effet bon nombre de ses oeuvres, dont les plus célèbres : l’Homme qui marche et les Femmes de Venise.

Que reprocher, alors, à l’exposition de la Pinacothèque ? Pour commencer, elle manque profondément d’organisation et la scénographie demeure hasardeuse. On aurait pu espérer que les couleurs des murs serviraient de repères et aideraient à distinguer les différentes périodes ou les divers thèmes abordés. Que nenni : elles ont une fonction purement et simplement décorative ! De ce fait, le visiteur déambule, à droite, à gauche, sans réellement savoir où aller ni quoi regarder. D’autant que les panneaux explicatifs ne sont pas toujours faciles à trouver et font leur apparition, de ci de là, sans que l’on sache trop à quelles œuvres ils sont supposés se rattacher.

Dans la première partie de l’exposition, ces panneaux se multiplient, tous plus longs et plus rébarbatifs les uns que les autres : toute personne n’ayant pas un doctorat en histoire étrusque aura du mal à faire le tri entre les innombrables informations fournies, qui concernent aussi bien les formes d’art propres à ce peuple, ses rites, son organisation sociale, son évolution au gré du temps, les rumeurs qui circulaient à son sujet chez les Grecs ou les Romains… Bref, difficile d’y voir clair et de comprendre pourquoi tant de détails nous sont apportés. Autant dire que lorsqu’on atteint le rez-de-chaussée, les trois-quarts de nos neurones ont déjà été carbonisés et nous font défaut pour observer attentivement les œuvres de Giacometti. Là encore, les panneaux sont dispersés, extrêmement longs et manquent cruellement de clarté. Pourquoi mentionner, peu avant la sortie, les liens tissés entre le sculpteur et le groupe surréaliste ? Quel rapport avec nos fameux Étrusques ? On en reste pantois.

Pour conclure, l’exposition aurait gagné à être plus synthétique, plus didactique et plus fidèle à son thème de départ (peut-être trop extravagant pour faire l’objet d’une expo à lui tout seul ?). Des textes courts, en rapport direct avec les pièces exposées, auraient également été les bienvenus. Quel dommage de constater qu’après avoir admiré 150 objets étrusques et une trentaine de sculptures de Giacometti, l’on a appris et retenu si peu de choses…

Camille P.

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