Edvard Munch, l’oeil moderne

« Edvard Munch, l’œil moderne » au Centre Pompidou, jusqu’au 9 janvier 2012

Le nom d’Edvard Munch n’est pas sans évoquer certaines œuvres incontournables, Le Cri, bien sûr, mais aussi Mélancolie ou le Désespoir. Ces trois toiles aux noms peu engageants marquent généralement les esprits, que ce soit par leur aspect angoissant ou désolant, par la présence d’un personnage au premier plan dont le visage, bien qu’expressif, demeure indiscernable, ou encore par les techniques picturales utilisées : traits hésitants, contours imprécis, couleurs éclatantes contrastant avec la noirceur ambiante. De ce point de vue, sa peinture rappelle bien souvent celle d’un Gauguin ou d’un Van Gogh. L’artiste est également célèbre pour sa réputation d’individu solitaire, tourmenté, dépressif ; réputation qui peut sembler fondée au regard de sa vie (violente dispute amoureuse de 1902, séjour en clinique pour troubles nerveux en 1908-1909) et de ses œuvres… Mais qui sait ?

L’exposition présentée en cette fin d’année au Centre Pompidou poursuit un double but : familiariser le visiteur avec une œuvre finalement peu –ou mal – connue, mais également l’interroger sur la nature véritable d’un homme qui ne vécut pas « replié sur son univers intérieur », mais voua au contraire une certaine fascination aux bouleversements techniques, artistiques et sociaux qui eurent lieu au cours de la première moitié du XXe siècle. Car si Munch est bien souvent considéré comme un artiste du XIXe siècle, la majeure partie de son œuvre vit le jour après 1900, à l’heure où la photographie, le cinéma, la radio, la presse prenaient leur essor et où la scène théâtrale connaissait un véritable renouveau.

Très réussie, cette expo permet d’aborder différentes thématiques (l’espace optique, les troubles de la vision, les reprises…) qui ne cessent pourtant de se faire écho. Grâce à une scénographie efficace et des panneaux à la fois clairs et didactiques, l’on parvient à porter un regard nouveau sur une oeuvre moderne, mêlant peinture, photographie, gravure, dessin, sculpture et cinéma.

Même si elle donne une bonne idée des grandes évolutions que connût la peinture de Munch (d’année en année, les couleurs gagnent en intensité, les formes se diluent et le mouvement s’instaure), l’exposition s’avère moins chronologique que thématique. Les onze salles qui la composent confrontent le visiteur à une œuvre intrinsèquement liée au monde moderne : la répétition parfois obsessionnelle d’un thème ou d’un motif ne fait-elle pas écho aux techniques de reproduction des images qui émergent au XXe siècle ? Les compositions dynamiques, les effets de perspectives, la présence de personnages « coupés » au premier plan, face au spectateur, ne révèlent-ils pas l’influence qu’eurent le cinéma et la photographie sur la peinture de Munch ? La série intitulée La Chambre verte aurait-elle vu le jour sans les innovations théâtrales apportées par Max Reinhardt dans les années 1900 ? Progressivement, les préjugés que l’on pouvait avoir sur la nature renfermée ou solitaire de l’artiste s’estompent. Tout au long de sa vie, Edvard Munch contempla le monde extérieur et n’eut de cesse d’expérimenter de nouvelles techniques pour rendre compte des changements propres à son temps. L’émergence de la classe ouvrière, déjà immortalisée par les Frères Lumière et leur célèbre Sortie d’usine, fait par exemple l’objet de plusieurs toiles.

Incroyablement fluide, l’exposition du Centre Pompidou permet d’aborder tous ces aspects de l’œuvre de Munch afin d’en percevoir la « fulgurante modernité », et, plus important encore, de dissiper une part du mystère qui entoure l’homme et sa création.

Camille P.

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