Duo de choc

Intouchables, d’Eric Toledano et Olivier Nakache

Un quinqua tétraplégique. Un jeune de banlieue qui s’improvise aide à domicile. Il y avait fort à redouter, mais le nouveau film d’Eric Toledano et Olivier Nakache est une excellente surprise, portée par un duo d’acteurs au mieux de leur forme.

La confrontation d’individus issus de milieux sociaux radicalement opposés a toujours donné du blé à moudre aux comédies françaises. Il y a déjà 23 ans, Etienne Chatiliez mettait en scène les mésaventures de deux familles, les Le Quesnoy et les Groseilles, dont les chemins n’auraient jamais dû se croiser. C’était sans compter sur une infirmière vengeresse, décidée à semer la pagaille en échangeant les nouveau-nés des foyers respectifs. La vie et un long fleuve tranquille ouvrait la voie à une interminable série de films fonctionnant sur ce même principe : que se produit-il lorsque deux personnages, l’un extrêmement riche, l’autre issu de la classe populaire, se retrouvent soudain face à face ?  Le résultat d’une telle mixture a généralement un goût saumâtre. Dans Neuilly sa mère (de Gabriel Julien-Laferrière), le jeune Sami Benboudaoud avait le malheur d’atterrir chez ses cousins friqués de Neuilly-sur-Seine, crétins, snobs et hystériques : le résultat était d’une bêtise sans précédents. Plus récemment, Il reste du jambon ? multipliait les clichés en prétendant traiter le thème de la mixité avec humour. Et que dire de la comédie musicale fleur bleue Toi, moi, les autres, mettant en scène une improbable histoire d’amour entre un petit bourgeois, fils d’un préfet de police, et une jolie beurette ?

Autant l’avouer, le nouveau film d’Eric Toledano et Olivier Nakache avait de quoi engendrer quelques appréhensions. Inspiré d’une histoire vraie, il décrit le quotidien d’un riche homme d’affaires, paralysé des suites d’un accident de parapente, et de son aide à domicile, jeune banlieusard au franc-parler déconcertant, tout droit sorti de prison.

Les précédents long-métrages des deux réalisateurs, à commencer par Nos Jours heureux et Tellement proches, ne faisaient ni dans la dentelle, ni dans la finesse. Les personnages, pour la plupart stéréotypés, insipides et artificiels, se trouvaient propulsés dans des situations cocasses et invraisemblables : colonie de vacances où tout va de travers, réunions de famille qui se terminent à coup de poêle à frire… A l’exception de quelques scènes amusantes et d’une pincée de répliques savoureuses, ces films laissaient indifférent.

Qu’en est-il donc d’Intouchables, le nouveau venu dans la famille ? Eh bien, contre toutes attentes, c’est une réussite. Le duo Omar Sy-François Cluzet est d’une incroyable efficacité, le ton est juste, les situations s’avèrent drôles et touchantes, sans chercher à tout prix à provoquer le rire ou à faire pleurer dans les chaumières.

Lorsque Driss (Omar Sy) se présente à un entretien d’embauche chez Philippe, le « tétraplégique riche », c’est avant tout pour prouver sa bonne volonté et continuer à toucher les ASSEDIC. Est-ce l’humour du jeune homme, sa drôle d’allure, son honnêteté ou son absence de commisération qui séduisent le riche aristocrate ? Peut-être un mélange de tout cela. Quoi qu’il en soit, Philippe décide d’embaucher Driss comme aide à domicile.

Si le film convainc et émeut, c’est sans doute par sa capacité à éviter les pièges dans lesquels on s’attendait à le voir tomber. Les blagues balourdes liées au handicap de Philippe (« ne vous levez pas ») restent exceptionnelles, les clichés sont esquivés et, plus important encore, aucun des personnages ne sombre dans la caricature. Si Driss fait quelques boulettes (prendre Berlioz pour un quartier, ou assimiler les Quatre saisons de Vivaldi à la musique du répondeur des ASSEDIC), c’est volontairement. Pleinement conscient des préjugés attachés à son milieu d’origine (absence d’éducation, de culture, de bonnes manières), il multiplie les provocations et s’amuse de l’air outré de ses interlocuteurs. Driss n’a rien d’un idiot ou d’une « racaille » : c’est un personnage vif, au regard lucide et aux répliques aiguisées, qui offre à Omar Sy son premier grand rôle. Les scènes « faciles » sont contournées, les passages abrupts surmontés avec brio. Intouchable réduit à néant toutes nos craintes en apportant un nouveau souffle à la comédie française.

Camille P.

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