C’est ce qui s’appelle un bide

Le Casse de Central Park, de Brett Ratner

Particulièrement habile pour ce qui est de produire des blockbusters à la chaîne (en témoigne la série des Rush Hour, particulièrement lucrative), Brett Ratner revient à la charge avec ce Casse de Central Park qui devrait, lui aussi, rapporter gros. Ben Stiller et Eddie Murphy succèdent à Jacky Chan et Chris Tucker, mais globalement, la recette reste la même : une bonne dose d’action, un brin d’humour, et, pour relever le tout, une pincée d’acteurs célèbres. La mixture sera-t-elle savoureuse ?

Après trois Rush Hour plus ou moins réussis, Brett Ratner a finalement décidé de mettre au placard le flic hongkongais aux poings d’acier et le détective black à la langue bien pendue. Finis les enquêtes explosives, les combats à main nue et les improbables courses-poursuites, place aux aléas des marchés financiers et aux escroqueries boursières. Car c’est bien sur ce terrain instable que le réalisateur a cru pouvoir bâtir son nouveau film. Après avoir usurpé deux milliards de dollars à ses actionnaires, un magnat de Wall Street se retrouve sur la paille et laisse dans la panade les braves employés d’une résidence de luxe dont il devait faire fructifier les fonds de retraite. Pour réparer cette injustice, Josh Kovaks et ses compères décident de tenter l’impossible : dérober les 20 millions de dollars que le milliardaire a dissimulés dans son appartement, au sommet de la résidence. Pour accomplir cette périlleuse mission, ils font appel à Slide, un cambrioleur professionnel (Eddy Murphy), roi de la parlotte et de l’escroquerie.

Le Casse de Central Park joue à 100% la carte de la parodie, faisant perpétuellement référence aux Ocean’s eleven, twelve et thirteen, le professionnalisme en moins. L’équipe de bras-cassés dont s’entoure Josh rappelle davantage Eric et Ramsy dans la Tour Montparnasse infernale que George Clooney et Brad Pitt dans la trilogie de Steven Soderbergh… Propulser une bande d’incapables au cœur d’un braquage de haut vol est une idée qui aurait pu faire mouche, à condition que la mécanique du film soit particulièrement bien huilée. Malheureusement pour Ratner, ce n’est absolument pas le cas : l’ensemble manque de vitalité, l’intrigue peine à tenir debout, l’action patine comme une 2CV lancée sur un circuit de Formule 1. Les protagonistes sont tous plus superficiels les uns que les autres : on ne croit pas au numéro de Ben Stiller en vengeur altruiste, ni à celui d’Eddy Murphy en fripouille aux logorrhées épuisantes. Seul Casey Affleck apporte un peu de fraîcheur à l’ensemble, avec son personnage de concierge malhabile à la voix éraillée.

Question humour (car il s’agit d’une comédie, ne l’oublions pas), ça ne vole pas haut non plus : les blagues tombent généralement à plat, la plupart d’entre elles tournant autour du sexe – vagin, nichons, cul, tout y passe – avec une nette préférence pour le mot « couilles », prononcé une trentaine de fois en 1h45. Néanmoins, les scènes les plus navrantes sont certainement celles qui prennent le parti des travailleurs américains, exploités et méprisés par des cols blancs sans scrupules. Pourquoi aborder avec un tel aplomb la question de la crise économique et de l’effondrement boursier, alors que le film, d’une banalité affligeante, aurait très bien pu se passer de ce commentaire social ?

Si le réalisateur avait pour ambition de revigorer le genre de la comédie d’action, il ne parvient, finalement, ni à faire rire ni à faire pleurer. Espérons simplement qu’il ne lui prendra pas l’idée de réaliser deux autres volets de ce Casse qui ne casse pas trois pattes à un canard.

Camille P.

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