Parle avec elles

Les Adoptés, de Mélanie Laurent

Autour d’une femme plongée dans le coma, des personnages ordinaires affrontent leurs démons. Un premier film sans prétention sur les grands malheurs et les petits bonheurs du quotidien. 

Désormais célèbre pour ses performances d’actrice, Mélanie Laurent s’est finalement décidée à passer de l’autre côté de la caméra. Les Adoptés fait partie de ces films que l’on pourrait qualifier d’ « intimistes », tout comme Je vais bien ne t’en fais pas (de Philippe Lioret), qui offrit à la jeune femme son premier grand rôle.

Lisa (Mélanie Laurent), Marine (Marie Denardaud) et leur mère Millie (Clémentine Célarié) appartiennent à une famille où les hommes n’ont jamais été que de passage. C’est sans doute pourquoi elles se sont résolues à vivre dans un cercle exclusivement féminin : Léo, le fils de Lisa, et Cary Grant, l’idole de Marine, sont les seuls et uniques mâles qu’elles s’autorisent à fréquenter. Pour se préserver des affres de l’existence, les trois femmes se cramponnent les unes aux autres, vivent ensemble, dorment ensemble, forment un clan. Mais voilà que par une journée pluvieuse, un bel homme (Denis Ménochet, vu dans la première scène d’Inglorious Basterds) pénètre dans la librairie où travaille Marine : il cherche juste à se mettre à l’abri, elle en profite pour lui refourguer un livre, bref, c’est le coup de foudre. Quelques scènes suffisent à dépeindre un amour qui fleurit et se construit brique à brique, au grand désespoir de Lisa, verte de jalousie. Pendant le premier tiers du film, la douce voix de Marine commente ces coups de cœur et ces coups de gueule avec une touche de mélancolie – procédé narratif particulièrement en vogue ces dernières années – à la manière de Meredith dans Grey’s Anatomy.

Et puis, c’est le drame : Marine est renversée par une moto, plonge dans le coma et dans le silence. Cerise sur ce triste gâteau, elle est enceinte de trois mois. Rien de tel qu’un évènement soudain et imprévisible pour forcer des protagonistes un brin égocentriques à remettre en question leur vie, la vie. Le cinéma français en a donné de multiples preuves ces dernières années, les accidents de la route intervenant fréquemment au beau milieu des histoires de famille ou d’amitié : songeons notamment au Paris de Cédric Klapisch, aux Yeux de sa mère de Thierry Kilfa ou aux Petits Mouchoirs de Guillaume Canet. Le malheur de Marine oblige ses proches à se rencontrer, à se connaître et à se reconnaître. « Je n’aimais pas l’idée de toi », avoue Lisa à Alex. Il les force également à remettre en question leurs choix, leur mode de vie.

Mélanie Laurent s’intéresse à ces trois ou quatre protagonistes, à eux et à personne d’autre, ceci expliquant le nombre restreint et l’insipidité des personnages secondaires. Elle se concentre sur les visages, les peaux, les sentiments, les pleurs, les cris de douleur, les éclats de rire. Bien souvent, l’arrière-plan demeure flou, l’environnement extérieur s’estompe, seuls comptent les sujets, isolés dans leur souffrance et leurs incertitudes.

Reconnaissons-le : l’idée de faire valser les couples à plusieurs reprises (la relation fusionnelle entre Lisa et Marine, éclipsée pendant un temps par l’histoire d’amour avec Alex, laisse finalement place au binôme Lisa-Alex) ne manquait pas de piquant. Néanmoins, Mélanie Laurent peine à faire preuve d’originalité, suivant pas à pas ces existences meurtries, ponctuées d’instants heureux. Si l’ennui ne s’installe jamais totalement, le film n’emballe pas. Les scènes de famille semblent battues et rebattues, tout comme les instants passés à l’hôpital. La jeune malade finira-t-elle se réveiller ? Faut-il y croire, envers et contre tout ? Comment ne pas être démuni face au silence d’un corps étendu ? Traiter un tel sujet n’est pas à la portée du premier venu. Dans Parle avec elle, Almodovar prouvait qu’il était possible d’habiter intensément un film gravitant autour d’une femme plongée dans le coma, inerte mais vivante. Les thèmes du deuil, de l’amour, de la transmission, du renoncement sont riches de potentialités, mais présentent de nombreux risques : la jeune réalisatrice fait parfois preuve de maladresse, comme dans cette scène où le futur papa, face caméra, croise le chemin d’une flopée de bambins à casquettes rouges qui le bousculent avec indifférence, matérialisant ses angoisses et ses doutes.

Les Adoptés est un petit film ordinaire sur de petites vies ordinaires, ni plus ni moins. Cela peut suffire, quelquefois.

Camille P.

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