Luc Besson : l’homme qui aimait les femmes

The Lady, de Luc Besson

Un bel hommage ne fait pas toujours un bon film. En voulant célébrer le combat d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix 1991, Luc Besson succombe au pathos, au manichéisme et à l’ennui… Dommage.

Nul doute que Luc Besson soit passionné par les femmes, particulièrement lorsque ces dernières sont casse-cous, voire franchement intrépides. Sa filmographie compte quelques belles représentantes du sexe faible (même si l’adjectif semble peu approprié aux héroïnes bessoniennes), à commencer par Nikita, ex-junkie devenue agent des services secrets, Mathilda, l’apprentie « nettoyeuse » de Léon, ou encore la mystérieuse et séduisante Leeloo du Cinquième élément. Des demoiselles viriles à souhait. Si les plus récentes Jeanne d’Arc, Angela et Adèle Blanc-Sec s’avéraient aussi sexy qu’ennuyeuses, la fascination qu’éprouve le réalisateur pour ces ladies ne se tarit pas. Il aime leur panache et leur exubérance, mais aussi leur obstination et leur courage.

On comprend alors qu’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix 1991, l’ait séduit au premier regard (si l’on peut dire). Principale opposante à la junte militaire au pouvoir en Birmanie, elle se battit en faveur de la démocratie pendant plus de dix ans et passa d’interminables années en résidence surveillée.

Envoûté par la bravoure et la sagesse de ce petit bout de femme, Luc Besson souhaitait lui rendre un vibrant hommage afin que son combat ne sombre pas dans l’oubli : The Lady revient donc sur la carrière politique – et sur la vie privée – d’Aung San Suu Kyi. Difficile de critiquer ce biopic, tant la démarche du réalisateur était louable – et, avouons-le, nécessaire. Pourtant, la lutte menée par Suu pendant plus de deux heures (dans le film) et plus de dix ans (dans la vie) ne passionne guère. The Lady aurait certainement pu servir de jolie illustration à l’article Wikipédia consacré à la femme politique birmane : assassinat du père de l’héroïne par ses rivaux politiques en 1947, retour de la jeune femme dans son pays d’origine en 1988, refus de le quitter en 1989, élections générales de 1990, obtention du prix Nobel en 1991, remise en liberté en 1995, cancer puis mort de son mari Michael Aris en 1997… Besson n’omet aucun détail. Ces épisodes attendus se succèdent au pas de course sans jamais faire naître chez les spectateurs un soupçon d’émotion ou parvenir à instaurer un climat de tension. Paradoxalement, le film semble long, très long, trop long.

Luc Besson succombe par ailleurs à ses habituels travers : caractère simpliste des personnages, piètre qualité des dialogues (en anglais comme en birman), effets ostentatoires, tendance au manichéisme. Lorsqu’il évoque la genèse de son film, le réalisateur reconnaît lui-même que « pour rendre plus passionnante encore son histoire, il manquait la présence d’un méchant ». Le voici donc, le grand méchant militaire birman, avec ses grosses lunettes, ses lèvres pincées, son regard froid et inhumain. Face à lui, aucun acteur ne peut être crédible (pas même Michelle Yeoh, qui incarne Suu avec ce qu’il faut de force et de sensibilité). Le seul et unique Dieu du film, c’est finalement le pathos. La complexité des combats politiques et des révolutions (dépeinte avec lucidité par Ken Loach dans Le Vent se lève) ne pèse pas lourd face aux larmes, aux sacrifices, aux éclats de rire, aux applaudissements, aux coups de feu et aux cris horrifiés. Pas de place pour l’ambiguïté, seule compte l’éternelle lutte du Bien contre le Mal.

Comme Jeanne d’Arc, The Lady déçoit par son manque de rythme et sa vision un peu simplette des évènements politiques et historiques. Reconnaissons néanmoins au film de Luc Besson le mérite de sensibiliser le public à la situation critique de la Birmanie. Promouvoir la liberté d’expression tout en dénonçant l’un des systèmes politiques les plus répressifs de la planète, ce n’est pas rien, après tout.

Camille P.

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