Carrefour de l’animation, day 1

Du 1er au 4 décembre 2011, le cinéma d’animation est à l’honneur au Forum des Images. Pour sa 9ème édition, le Carrefour de l’animation a souhaité célébrer les créations venues de Pologne et de Tunisie, tout en restant fidèle à ses principes : privilégier un cinéma indépendant, engagé et audacieux. 

Nous sommes jeudi soir, il fait déjà nuit. Une foule hétéroclite, composée d’étudiants, de professionnels et de simples curieux, est rassemblée dans le hall du Forum des Images. C’est le premier jour du Carrefour de l’animation, pourtant, les salles de projection ne sont pas pleines. « Le public vient principalement pour les avant-premières », reconnaît une ouvreuse, un peu gênée.

A 18h30, une rétrospective consacrée à l’artiste polonais Marek Skrobecki débute en salle 300. Le réalisateur, petit bonhomme peu souriant, salue avec modestie les spectateurs venus l’applaudir et s’installe à côté de sa traductrice. Considéré comme l’un des maîtres de l’animation polonaise, Skrobecki travaille principalement d’après les techniques traditionnelles de marionnettes. De prime abord, il refuse de commenter ses films, encourageant les spectateurs à se faire leur propre opinion. Il n’est pas fier de ses premiers courts-métrages, des cartoons à la Tom et Jerry produits par le studio Se-ma-for. « J’ai fait ces films sous la pression des producteurs. Mais je ne renie pas mon passé », déclare-t-il simplement. C’est avec D.I.M. (1995) que le réalisateur trouve sa  propre voie et affirme son univers : deux marionnettes, au corps décharné et à la peau brunâtre, déposent jour après jour quelques graines sur le rebord de leur fenêtre dans l’espoir qu’un moineau vienne les picorer. Lorsque l’oiseau arrive, elles le contemplent, silencieuses et imperturbables. Mais un jour, l’animal ne vient pas : les personnages se laissent alors dépérir. Comment résumer les œuvres de Marek Skrobecki, si bouleversantes et en même temps si dérangeantes ? « Je me considère comme un artiste qui n’utilise que la marionnette, même si j’ai fait des films commerciaux avec d’autres techniques. D.I.M. marque vraiment le début de ma carrière ». Pour D.IM., comme pour ses autres films – OM (1995), Ichthys (2005), Danny Boy (2010) – Skrobecki utilise des marionnettes étranges, résidus d’humanité privés de cheveux, de cils, de vêtements. Le personnage d’Ichthys perd ses bras et se décompose à vue d’œil, celui de Danny Boy finit par se couper la tête pour ressembler à ses monstrueux congénères. Cet univers, aussi désespérant que troublant, laisse les spectateurs sans voix. Le réalisateur n’a malheureusement pas le temps de commenter davantage son œuvre. 20h30 sonne : la rencontre doit s’achever. Tout le monde est attendu en salle 500 pour la soirée d’ouverture du Carrefour de l’animation. « J’espère que les prochains films seront plus gais », murmure un spectateur en se pressant hors de la salle.

Crulic, le chemin vers l’au-delà, sélectionné pour la soirée d’ouverture, est très attendu. Après Valse avec Bachir et Les Petites Voix, c’est le troisième documentaire d’animation jamais réalisé. Il retrace la vie de Claudiu Crulic, un Roumain mort à 33 ans dans une prison polonaise à la suite d’une grève de la faim. La réalisatrice roumaine Anca Damian s’avance sous les applaudissements des spectateurs – et de Marek Skrobecki, assis parmi eux. « J’ai découvert ce cas dans la presse en 2008, trois mois après la mort de Crulic », déclare-t-elle dans un français quasi-impeccable. « Il m’a beaucoup touchée. Sa solitude m’a émue ». Les lumières s’éteignent, le film commence. Pendant 1h12, la voix de Claudiu Crulic commente avec ironie et humour noir sa lente descente aux enfers : condamné pour un crime qu’il n’a pas commis, le jeune homme ne cesse de clamer son innocence, en vain. Grâce aux diverses techniques d’animation utilisées (aquarelle, collages, photos découpées), la réalisatrice parvient à restituer la souffrance du personnage. Sa silhouette s’estompe peu à peu, ne se résumant bientôt plus qu’à quelques traits de crayons. « L’animation permet de toucher davantage le public. On se dit : « ça pourrait être moi » ». Il est vrai que l’émotion est violente. Certains spectateurs quittent la salle, visiblement gênés par la torture morale et physique du prisonnier. « L’individu sera toujours écrasé par les institutions. L’histoire de Claudiu a quelque chose de très kafkaïen », affirme avec tristesse Anca Damian. Comme Valse avec Bachir, le film se termine par des prises de vue réelles. Les visiteurs, sous le choc, osent à peine poser des questions à la réalisatrice. Un à un, ils quittent la salle, murés dans un silence de plomb.

Camille P.

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