Au Théâtre de Verre : « Notre combat est constant »

Trois questions à Anastasia Kozlow, responsable de l’administration, de la production et de la communication au Théâtre de Verre

Squat artistique fondé à Paris à la fin des années 1980, le Théâtre de Verre se présente comme un lieu d’expérimentation, de création, de résistance. Anastasia Kozlow revient sur « vingt-cinq années d’action installation des squats artistiques, à arter ensemble ».

Comment le Théâtre de Verre a-t-il vu le jour ?

Luis Pasina, le directeur, est un ancien révolutionnaire uruguayen, réfugié en France il y a une trentaine d’années. Il s’est rapidement imposé comme quelqu’un d’emblématique dans le milieu des squats en se battant pour que les artistes disposent d’espaces de création. L’association qui gère le Théâtre de Verre s’appelle « Co-arter ». Ce nom n’a rien d’anodin : l’idée est de mutualiser l’espace, les disciplines, d’encourager les rencontres, les échanges et donc d’ « arter » ensemble, de faire de l’art tous ensemble. L’association s’est d’abord implantée dans un magnifique bâtiment du 12e arrondissement qui disposait d’une grande verrière : c’est là que le Théâtre de Verre a pris son nom. Expulsée une première fois, elle s’est installée rue de l’Echiquier, dans le 10e arrondissement. A force de manifester, Luis Pasina s’est fait entendre des élus et nous avons obtenu un bail d’occupation précaire il y a 5 ou 6 ans. L’association a pu être logée dans un lieu provisoire, impasse Bonne-Nouvelle. Nous sommes restés longtemps dans le 10e arrondissement, nous aurions aimé pouvoir créer des liens durables avec les habitants de ce quartier, être dans une politique de la ville. Malheureusement, nous avons dû quitter les lieux en 2010 à cause d’un projet urbain, on nous a donc proposé une place rue de la Chapelle. Les bâtiments n’étaient pas adaptés aux activités artistiques, il s’agissait d’anciennes usines, de hangars. Il a fallu les remettre aux normes.

Comment définiriez-vous votre projet artistique ?

Nous venons du milieu des squats et revendiquons un certain nomadisme. Nous nous déplaçons d’un lieu à l’autre, de gré ou de force, en espérant que le public suivra ! Comme tous les squats, nous fonctionnons beaucoup grâce au bouche à oreille. Par ailleurs, chaque personne qui vient répéter ou voir un spectacle au Théâtre de Verre adhère à l’association Co-arter : c’est une forme de soutien. L’important, à nos yeux, est de faire se rencontrer les disciplines, de maintenir une véritable diversité culturelle. De très nombreuses activités artistiques sont représentées ici : plasticiens, danseurs, troupes de théâtre, groupes de musique… Il y a aussi du yoga, de la danse, du tai-chi, des arts martiaux, du cirque… Nous disposons de 2000 m² en tout : deux salles pour les spectacles et les bals, un studio de répétition et une salle d’accueil où peuvent avoir lieu des soirées slam ou poésie. Le nom « Théâtre de Verre » prête souvent à confusion, on pourrait penser qu’il s’agit d’un théâtre alors que nous n’en avons pas la prétention. Nous accueillons des artistes indépendants, des associations, des compagnies et des troupes de différentes natures dont nous soutenons les projets. Par contre, personne ne loge ici, il s’agit uniquement d’un squat artistique : nous recherchons des espaces de création, de travail, ni plus ni moins.

Quelles relations entretenez-vous avec les autres squats parisiens, français ou européens ?

Nous faisons partie du réseau Intersquat, qui regroupe de nombreux lieux alternatifs d’Europe: des évènements sont organisés à Paris, à Berlin, à Rome… Les membres de ce réseau se côtoient tous, à différents niveaux.  Par exemple, nous sommes très proches du Jardin d’Alice ou de la Petite Rockette. Nous montons un festival ensemble deux fois par an, le FOU (Festival des Ouvertures Utiles, ndlr). C’est l’occasion pour les squats de Paris d’ouvrir leurs portes pendant plusieurs jours et de mener des actions communes. De manière générale, nous nous échangeons des contacts, du matériel. Nous sommes dans une logique solidaire. Ce n’est pas parce que le Théâtre de Verre est un squat « légal » que nous nous sentons différents des autres. A tout moment, la ville peut nous expulser sans obligation de relogement. Il y a encore des abus, on nous maintient dans cette précarité-là. Notre combat est constant. 

Propos recueillis par Camille P.

Vous pouvez découvrir la programmation du Théâtre de Verre sur leur site internet : www.theatredeverre.fr

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2 commentaires pour Au Théâtre de Verre : « Notre combat est constant »

  1. Gwen dit :

    Une interview très intéressante! Ca me donne envie d’aller découvrir ce lieu!

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