Quand je serai ministre de la Culture…

« Voilà ! C’est fait ! Nous y sommes ! Cette fois, c’est certain ! C’est mon tour ! »

Jeudi 17 février, 19h. Tandis que la Librairie du Centquatre, dans le XIXe arrondissement de Paris, accueille ses derniers clients, un homme à la mine affable et au sourire chaleureux patiente au fond de la boutique. Lorsqu’on le salue, il répond : « Bonjour, je suis le ministre de la Culture ».

Et pour cause ! Jean-Gabriel Carasso, comédien, metteur en scène et intellectuel militant, vient de signer un ouvrage au nom aussi provocateur qu’intriguant : Quand je serai ministre de la Culture. « Une farce sur la forme, mais un livre solide sur le fond », écrivait Emmanuel Tellier dans le magazine Télérama du 18 février 2012. Quand je serai ministre de la Culture réunit quarante textes imaginaires, écrits par le futur ministre après sa prise de fonction : lettres au Président de la République et aux élus, discours, interventions en Conseil des ministres, notes, communiqués, remises de médailles, inaugurations de lieux divers… « Je tenais à donner mon avis sur ce qui se passe en matière de culture, mais je ne voulais pas écrire un livre ennuyeux. Mon point de départ, ça a été le titre. Quand je l’ai trouvé, la forme a suivi d’elle-même. Les ministres ont tellement de travail qu’ils n’ont pas le temps de réfléchir. Alors j’ai décidé de réfléchir avant. Je me suis dit : je suis ministre, je peux y aller. » Et il y va.

En 170 pages, Jean-Gabriel Carasso questionne les notions d’art et de culture tout en multipliant les propositions. Si certaines semblent tirées par les cheveux, la plupart sont parfaitement envisageables. Exemple ? En accordant 1 000 € à chaque classe pour mener un projet artistique, le ministère ne sacrifierait que 0,2% de son budget. « Je ne me suis pas encombré avec les problèmes d’argent. J’ai décidé de dépenser », s’exclame l’auteur avec jubilation. Sa principale préoccupation, il ne s’en cache pas, c’est l’éducation. A ses yeux, la culture ne doit pas être réduite à « un vaste champ de production et de consommation » mais doit tenir compte de « la manière dont les gens se construisent ». Comme dans son précédent livre (Nos enfants ont-ils droit à l’art et à la culture ?, 2005), Jean-Gabriel Carasso se prend à rêver d’un monde où l’art ne serait pas réservé à une élite et où chacun pourrait être à la fois praticien et spectateur. Ses idées fourmillent. Il imagine une émission de télévision intitulée « Je kiffe, tu kiffes » qui présenterait au jeune public des spectacles, des livres et des expositions, ou encore un projet baptisé « J’adopte mon patrimoine » grâce auquel les 11-16 ans découvriraient la notion de conservation. Il suggère de remplacer le Théâtre du Rond-Point par un Rond-point des enfances et d’instaurer un service civique culturel. « L’éducation, je suis tombé dedans quand j’étais petit », affirme-t-il.

Au-delà de ces questions de politique culturelle, Jean-Gabriel Carasso s’amuse, improvise, cabotine. Il s’entoure de ses meilleurs copains, nomme un certain Edwy P. à la direction de France Télévisions, ne renouvelle pas le mandat d’Olivier P. à la tête du Festival d’Avignon. Et puis il fabule… C’est à peine si le lecteur peut concevoir l’existence d’un Ministère de l’Immigration accueillante ou d’un G35 comprenant 15 pays africains. Mais sous la plume de cet homme de lettres et de théâtre, tout devient possible (sans référence aucune). Car « en politique, il ne suffit pas de faire ce qui est possible. Il faut rendre possible ce qui est nécessaire ».

Jean-Gabriel Carasso présentant son livre à François Hollande le 18 janvier dernier, à Nantes

Une citation, pour finir : « La culture n’est pas une dépense, c’est un investissement ».

Camille P.

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