Reportage – Animaux, marmots et musique classique

©Pleutin Pfeiffer

Salles de concert et orchestres, musiciens et ensembles multiplient aujourd’hui les actions pour initier le jeune public à la musique classique. En tête de ce cortège, la Cité de la Musique déploie depuis 1995 la bannière de la démocratisation, à coup d’ateliers et de concerts éducatifs. Reportage.

Au royaume des animaux

Mercredi 29 février, tandis que les vacances scolaires touchent à leur fin, des cris et des rires d’enfants emplissent l’accueil de la Cité de la Musique. Sous l’œil bienveillant de leurs parents, les bambins chahutent gentiment, se racontent leur séjour au ski, échangent des cartes Pokémon…  et jouent les mélomanes. Si la plupart sont fiers comme Artaban de connaître leurs gammes sur le bout des doigts, quelques réfractaires ne cachent pas leur manque d’enthousiasme vis-à-vis des cours de solfège : les dictées musicales et autres exercices rythmiques, c’est quand même bien barbant ! Mais assez parlé de choses qui fâchent. Pour le moment, l’heure est à la détente et à la découverte.

A 16h précises, parents et enfants doivent assister au Carnaval des animaux, célèbre fantaisie zoologique de Camille Saint-Saëns. En guise d’apéritif, ils sont conviés à un atelier familial intitulé « Au royaume des animaux ». Alors qu’ils pénètrent dans la salle et ôtent leurs manteaux, quelques notes de musiques parviennent jusqu’à leurs oreilles. Trois musiciennes de l’Orchestre Les Siècles, créé en 2003 par le chef Jean-Xavier Roth, accueillent tout ce petit monde au son de leurs instruments. Les enfants se regroupent autour d’elles et attendent sagement que le morceau se termine. « Nous venons de jouer un mouvement du Carnaval des animaux, explique l’une des intervenantes. Quelqu’un peut-il me dire lequel ? » En bons élèves, les bouts de chou lèvent le doigt et attendent d’être interrogés. « L’Oie », propose l’un. « Le Cygne », renchérit l’autre. C’était bien le Cygne. Mais les questions ne s’arrêtent pas là : « Connaissez-vous cet instrument de musique ? », « Savez-vous à quelle famille il appartient ? », « Combien de familles d’instruments existe-t-il ? » Chacun y va de ses réponses, bonnes ou mauvaises, peu importe : l’important est d’éveiller la curiosité de tous.

 

Objectif culture

©Pleutin Pfeiffer

« Le principe est de faire découvrir une œuvre que les enfants verront ensuite au concert, à travers des activités ludiques, explique la clarinettiste Rhéa Vallois. Il peut s’agir de chansons, de créations avec instruments de percussions, de chorégraphies, de petites scènes de théâtre, de jeux de rythme ou de voix… Les enfants s’étant approprié l’œuvre seront plus attentifs au concert. » Sous leurs airs facétieux, ces exercices permettent aux musiciens en herbe d’acquérir les notions de rythmes et d’harmonie, tout en leur apprenant à écouter et, plus difficile encore, à se taire ! Même s’ils ont parfois du mal à garder la bouche cousue et à respecter les consignes données, les enfants participent activement, tapent des mains et des pieds, jouent quelques notes, font parfois les pitres mais se montrent globalement réceptifs. Rhéa Vallois, qui intervient fréquemment en milieu scolaire, est satisfaite de ses petits élèves : « C’est une très bonne façon de leur faire découvrir la musique classique, si peu présente dans les écoles. J’interviens également dans des milieux très défavorisés où la culture est quasi inexistante. Il m’arrive de me trouver devant une classe de trente élèves parmi lesquels aucun n’est jamais allé à un concert ou ne connaît le nom de Mozart ! Je verse une goutte d’eau extraite d’une mer immense, mais je suis convaincue qu’elle a son importance pour faire naître des envies et pour leur ouvrir une petite porte sur le monde artistique. »

Les activités pédagogiques proposées à la Cité de la musique sont aujourd’hui plus nombreuses que jamais : concerts éducatifs, spectacles musicaux, ateliers de pratique musicale… Ce sont des centaines d’enfants et des dizaines de classes qui partent chaque mois à la découverte de la musique classique. Et rien n’est trop beau pour éveiller les tout-petits à l’art.

Un concert haut en couleurs

Après une heure d’atelier, les enfants ont découvert quatre mouvements du Carnaval des animaux (la Marche royale du Lion, les Tortues, l’Aquarium, le Cygne) et sont impatients d’en voir – et d’en entendre – davantage. C’est avec un sourire jusqu’aux oreilles qu’ils se dirigent vers l’auditorium de la Cité de la musique. Légèrement excités par leurs exercices de l’après-midi, ils ont bien du mal à retrouver leur calme. « Pauline, si tu continues à faire du bruit, je ne t’emmène plus aux concerts », dit une dame à sa fillette haute comme trois pommes. Mais cette dernière ne se laisse pas impressionner : « J’ai pas envie de me taire. De toute façon, j’aime pas les concerts. » Il n’empêche que quand les lumières s’éteignent et que les musiciens montent sur scène, Pauline est la première à ouvrir ses oreilles et à fermer sa bouche.

©Thomas Gony

Après avoir joué l’introduction du Carnaval, faite de trilles au piano et de montées aux violons et violoncelles, l’Orchestre reste en retrait tandis que deux comédiens apparaissent. Karine Texier et Nicolas Gaudart présentent le premier animal dépeint par Saint-Saëns : le lion. Ils miment la crinière du fauve, font les clowns, rugissent et cabotinent. Dans la salle, les petits spectateurs jubilent. Mais pas question de transformer le concert en pièce de théâtre ou en numéro de cirque : les musiciens entament rapidement le deuxième mouvement et les rires s’estompent rapidement pour laisser place à un silence respectueux. « Nous avons joué ce spectacle une douzaine de fois devant des scolaires et des familles, raconte Karine Texier. Les musiciens sont heureux de pouvoir interagir avec nous. Ils le font avec beaucoup de justesse et de pertinence. L’important, c’est de ne pas se prendre au sérieux ! » Bien que le concert soit résolument ludique, l’objectif à atteindre n’en est pas moins important : « Si un enfant découvre le plaisir d’écouter, dès son plus jeune âge, de la musique classique, il n’aura pas peur en grandissant de franchir la porte d’une salle de concert. Ce souvenir restera inscrit en lui. Il faut à tout prix former le public de demain sinon les salles de concert vont se désertifier », affirme la comédienne. Sa volonté ? « Démocratiser la musique sans pour autant réduire l’exigence et la qualité. »

©Pierre-Emmanuel Rastoin

Pendant une soixantaine de minutes, la parade animalière suit son cours sous le regard médusé des spectateurs. Poules, coqs, tortues, éléphants, kangourous, coucous… La dizaine d’instrumentistes et les deux comédiens redonnent vie à l’ambiance de Mardi Gras qui avait inspiré le compositeur il y a plus d’un siècle. « Pour aider le jeune public à entendre, comprendre et profiter pleinement du concert, nous faisons souvent appel à des comédiens ou des danseurs, souligne la harpiste Valeria Kafelnikof. L’exigence musicale est la même, c’est sur la forme qu’il faut faire encore plus d’efforts ! » A 17h, les enfants sont impatients d’aller goûter mais semblent enchantés par leur après-midi musicale. « Si certains sont touchés au point de vouloir apprendre un instrument ou retourner au concert, nous serions comblés, fait remarquer Rhéa Vallois. Nous ne sommes malheureusement pas au courant de ce qui germera par la suite… Mais j’ose espérer que cela portera ses fruits. » Espérons, en effet.

Découvrez le concert dans son intégralité sur le site de la Cité de la Musique.

Des centaines d’activités culturelles pour les enfants, à Paris et en province, sont répertoriées sur le site de Wondercity.

Cet article fait partie d’une enquête sur le thème « La musique classique en voie de démocratisation ? », à lire prochainement sur le blog www.tart-in.tumblr.com.

Camille P.

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2 commentaires pour Reportage – Animaux, marmots et musique classique

  1. Michèle dit :

    On y va dimanche !

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