Renaud : Molly Malone

Trois ans après son décevant Rouge sang, Renaud boit un coup à la liberté, à l’amitié et aux verts pâturages irlandais. Sans oublier pour autant ses éternels chevaux de batailles.

Dans son dernier album, Rouge sang, Renaud annonçait fièrement qu’il avait « retrouvé (s)on flingue ». « Attention je déglingue, je dégomme, je décime ». Tandis que sort Molly-Malone, jolie compilation de chants traditionnels irlandais, il semblerait qu’une déception électorale doublée d’une crise sentimentale ait réduit à néant la fougue contestataire de celui qu’on surnommait autrefois « le chanteur énervant ». A moins que…

L’intérêt de Docteur Renaud pour le peuple, la culture et les paysages irlandais ne date pas d’hier. Sa célèbre « Ballade nord-irlandaise », adaptation de la chanson folklorique « The Water is wide », remonte déjà à 1991. On la redécouvre avec plaisir dans ce nouvel album, accompagnée de douze autres mélodies fredonnées depuis Mathusalem sur l’île de Saint-Patrick. Les paroles originales ont été traduites avec un brin de fantaisie, mais le charme opère : accompagné d’une guitare, d’un accordéon, d’un harmonica, de violons et de flûtes, bercé par des musiciens 100% purs Irlandais, Renaud prend le large, laissant derrière lui les ruelles parisiennes pour parcourir les vertes étendues du Connemara. Les bobos et les fachos qu’il conchiait il y a peu ne semblent plus le préoccuper outre mesure.

Mais mais mais… Méfions-nous des apparences. Ces airs folkloriques, chers au chanteur, font étrangement écho aux thèmes qui l’obsèdent depuis toujours : le pacifisme, les amours mortes, le monde ouvrier, l’insubordination, le voyage, l’ivresse du pouvoir. A l’aide de ses pinceaux habituels – à  commencer par sa voix usée, douloureuse – il dépeint des prolos dignes et insoumis, des gens de rien, sept fois à terre, huit fois debout. Des personnages qui lui ressemblent.

Les reproches adressés à Mister Renard ne se feront sûrement pas attendre. Comment pourrait-il en être autrement ? Sa voix s’éraille davantage d’album en album, se déchire petit à petit, à coup de clopes et de bibine. Ses textes, autrefois subversifs, se résument aujourd’hui à des complaintes nostalgiques et prétendument universelles. Soit. Mais essayons d’être modérés en toute chose : si le chanteur ne renoue pas avec  la poésie et la gouaille de Boucan d’enfer (2002), il retrouve dans Molly-Malone la subtilité qui lui faisait défaut dans Rouge sang (2006), l’un de ses albums les plus engagés. Comme quoi, dénoncer le sarkozysme, le fascisme, le populisme et autres aberrations en  « isme »  à tout bout de chants, ce n’est pas vraiment un gage de qualité. Avec ses ballades irlandaises, l’enfant de Paname laisse son flingue au vestiaire et chante l’amour, la bière et l’amitié, en toute pudeur.  Il n’attise plus les tensions, il les apaise. Reste son timbre brisé, qui noie quelquefois ses jolis textes dans un brouillard épais. Bon nombre de ses fans, agacés, considèrent que Renaud devrait remballer sa guitare et se taire une bonne fois pour toutes, avant que ses cordes vocales ne tombent en lambeaux. Ce serait oublier que sa voix est sa plus grande richesse, le fruit d’une vie d’engagements et de désillusions. Molly-Malone a tout d’un chant d’adieu, mélancolique à souhait. Celui d’un vieux combattant qui, s’il ne peut plus chanter, pourra toujours gueuler.

Camille P.

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