De la mort du dodo

Avec Les Pirates : bons à rien mauvais en tout, les créateurs de Wallace et Gromit  signent un nouveau chef-d’oeuvre d’animation et de drôlerie. On retrouve avec plaisir leur humour so british, leur imagination débordante, leur univers chaleureux et leurs personnages avec un coeur (en pâte à modeler) gros comme ça…

Mais venons-en au sujet du jour : le dodo. Car l’intrigue des Pirates ne repose pas uniquement sur les épaules d’une bande de flibustiers, mais dépend aussi de ce curieux volatile que le Capitaine Pirate prend pour… un perroquet.

Une minute : les dodos avaient déjà disparu au XVIIIe siècle, non ? Bien sûr ! C’est d’ailleurs pour cette raison que Polly, la femelle dodo (la dodote ?) du Cap’tain, attire l’attention d’un certain Charles Darwin et même de la Reine Victoria, qui s’avère être friande d’animaux rarissimes…

Espèce endémique de l’île Maurice, le dodo s’est éteint à la fin du XVIIe siècle, peu après l’arrivée des Européens. Comment expliquer une disparition aussi rapide ? Tout d’abord, ce gros pigeon incapable de voler (et pour cause : il mesurait un mètre et pouvait peser jusqu’à 10 kilos !) était particulièrement facile à attraper et servait fréquemment de casse-croûte aux marins. Mais en réalité, ce sont surtout les animaux importés sur l’île par les marchands (chiens, porcs, chats, rats, macaques…) qui causèrent sa perte, en empiétant sur son territoire et en dévorant ses oeufs. Sale histoire.

Tout ça pour dire que les dodos vécurent leurs dernières heures dans les années 1660-1680. Pendant les décennies qui suivirent, les Européens se soucièrent peu de son extinction, pour une simple et bonne raison : ils étaient persuadés que ce drôle d’oiseau n’avait jamais existé ! Un peu comme Pégase, les dragons, les licornes…

Alice et Mr. Dodo, par John Tenniel

Et puis soudain, au début du XIXe siècle, un certain Charles Lutwidge Dodgson (alias Lewis Carroll) décide d’introduire un dodo dans l’une de ses histoires : Alice au Pays des Merveilles. Comme nous l’expliquait Agnès Barbier dans une récente interview, Carroll se préoccupait fort peu des dodos et des animaux en voie de disparition de manière générale. Mais il se trouve que le brave homme bégayait et éprouvait parfois quelques difficultés à prononcer son propre nom : « Do-do-do-dodgson » ! Voilà comment un simple jeu de mots fit la célébrité du dodo dans le monde entier…

Mr. Dodo, by Walt Disney

Plusieurs expressions anglaises rendent d’ailleurs hommage au volatile :

« dead as a dodo » : aussi mort qu’un dodo

« to go the way of the dodo » : suivre le chemin du dodo (disparaître, s’éteindre)

Depuis, on retrouve fréquemment le Raphus cucullatus dans la littérature enfantine et, bien sûr, au cinéma…

Les dodos de l'Age de Glace

Camille P.

Advertisements
Cet article a été publié dans Divers. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour De la mort du dodo

  1. Gwen dit :

    J’ai beaucoup aimé le film « Les pirates » et évidemment éprouvé de la tendresse pour cette chère Polly 🙂 Les dodos sont un peu le symbole de l’animal gentil, drôle par son aspect et un peu empoté…
    On peut apprendre des choses intéressantes sur le dodo au museum d’histoire naturelle à Paris dans la gallerie des animaux disparus ou en voie de disparition (histoire de déprimer un coup). Le dodo est un peu devenu le symbole des animaux sacrifiés par l’expansion humaine.

    Merci pour cet article qui m’a permis de découvrir des expressions à ressortir en anglais 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s