Se trouver, Pirandello

Je est un autre

La question de l’identité face au regard des autres, thème de prédilection de Pirandello, est encore une fois poussée à l’extrême avec Se trouver, en ce moment proposé à la Colline et mis en scène par Stanislas Nordey.

Une comédienne : Donata Genzi (Emmanuelle Béart) au centre de toutes les attentions, tarde à entrer en scène. Lorsqu’elle le fait, enfin, après nous avoir laissé patienter presque tout le premier acte, c’est pour parler de nous et non d’elle. Nous, son public, dont le regard la ronge. Nous qui la forçons à garder les yeux ouverts pour ne pas rompre ce contact qui lui est devenu vital, pour ne pas baisser les paupières et mettre à nu sa fragilité.

Mais cela ne dure pas. Très vite, les invités lui tournent autour et l’interrogent, recentrant la conversation sur elle, son ressenti et son expérience. Elle avoue alors sa peur d’elle-même et « la douleur de ne pas être… comme des fleurs qui n’ont pas pu éclore… ». Car sur scène elle n’est plus que son rôle ─, l’un de ses multiples rôles. « Cela dit, quand on accomplit un acte, ce n’est jamais notre âme tout entière qui l’accomplit… jamais toute la vie qui est en nous… mais seulement ce que nous sommes à ce moment-là » précise-t-elle, comme pour se justifier. La véritable horreur n’est donc pas la dissolution de l’identité à travers différents rôles, c’est au contraire l’impossibilité de déterminer, hors scène, quel est véritablement le sien. « Cette horreur, moi, je suis en train de la vivre les yeux grands ouverts, tous les soirs et précisément devant un miroir, aussitôt que ─ une fois la représentation terminée ─ je vais m’enfermer dans ma loge pour me démaquiller. » Car alors, devant le miroir cruel, elle ne se « trouve pas ».

Il est une frontière invisible entre l’actrice et la femme, qui l’empêche de se construire. Lorsqu’elle rencontre Ely et s’enfuit avec lui, elle connaît son premier amour. Mais quel bouleversement de réaliser qu’elle ne fait que reproduire son jeu d’actrice encore et toujours ! Les mêmes gestes, les mêmes mots, les mêmes regards. Tiraillée entre les deux, elle se cherche d’abord dans le regard des autres, puis dans le regard de l’Autre avant de revenir vers nous dans un dernier et immense hommage à son public. Nous lui sommes fidèles, elle l’est aussi.

Lire la suite de l’article sur le blog de Clémentine

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