Babycall

Pal Sletaune réalise un thriller paranoïaque aussi captivant que déstabilisant, qui en fera sursauter plus d’un…

Babycall débute comme un drame social. Pour échapper à un ex-mari violent, Anna (Noomi Rapace, la célèbre hackeuse de Millenium) emménage avec son fils Anders dans un petit appartement morose, au cœur d’une cité norvégienne sans âme. Précarité, chômage, instabilité sociale et familiale… On pourrait presque se croire dans un film des frères Dardenne. Placée sous la surveillance de deux employés des services sociaux aussi chaleureux que des garde-chiourmes, la jeune femme tente de mener une vie « normale » : elle cuisine (mal), emmène Anders à l’école, insiste pour qu’il ferme son manteau et n’attrape pas froid. Mais elle lui interdit également de mettre un pied dehors, inspecte chaque pièce avant de le laisser y entrer, lui tient la main fermement dès qu’il sort dans la rue. Une menace plane dans l’air… Inquiète à l’idée que son ex ne refasse surface, elle finit par acheter un baby-phone pour pouvoir veiller sur son fils pendant son sommeil. Une nuit, d’étranges bruits viennent parasiter l’appareil. Anna croit distinguer des hurlements d’enfant. Elle décide de mener l’enquête, persuadée que ses voisins viennent d’assassiner leur progéniture.

Pal Sletaune prend le temps d’ancrer son film dans un cadre réaliste, s’attardant sur des détails quasi-insignifiants : un poster accroché au mur, qu’Anna arrache à la moindre contrariété, suffit à incarner sa profonde anxiété et ses paradoxes de mère-poule. Ce n’est qu’après avoir délicatement tissé sa toile que le réalisateur laisse le fantastique s’introduire dans son récit. D’où viennent les marques de coup sur le corps d’Anders ? Et les tâches de sang sur son dessin ? Et ce gamin à la mine renfrognée qui erre dans leur appartement ? Flirtant gentiment avec le film d’épouvante, Sletaune brouille les frontières entre réalité et fantasme, entre danger véritable et délire de persécution. Il y a quelque chose qui cloche chez Anna : elle voit et entend des choses qui n’existent pas, oublie les personnes qu’elle a rencontrées et les lieux où elle a été. Mais cela signifie-t-il pour autant que le crime odieux dont elle pense avoir été témoin n’est que le produit de son imagination ? Comme chez Roman Polanski – on pense notamment à Rosemary’s Baby ou Répulsion  –, le spectateur est précipité de l’autre côté du miroir, incapable de savoir si les événements auxquels il assiste ont véritablement lieu.

Lire la suite sur Il était une fois le cinéma

Camille P.

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