Degas et le nu

13 mars – 1er juillet 2012, Musée d’Orsay

Après avoir accueilli les œuvres de Monet et de Manet, le musée d’Orsay fait place à Edgar Degas, autre prince de la peinture du XIXe siècle. Contrairement à ses camarades impressionnistes (mouvement auquel il n’est rattaché qu’avec des pincettes), Degas n’a jamais porté les paysages dans son cœur, leur préférant les portraits et les scènes de genre. L’amateur d’art lambda garde généralement en mémoire ses danseuses, dont les corps sveltes se déploient dans des gestes gracieux, et ses chevaux au galop (actuellement présentés au sein de l’exposition « Beauté animale », au Grand Palais). Dans un cas comme dans l’autre s’exprime son sens aigu du mouvement : chaque courbe, chaque posture, chaque action est restituée avec réalisme. Les étoiles rayonnent sur scène, les animaux s’élancent dans une course effrénée.

L’exposition du Musée d’Orsay s’intéresse à l’évolution de Degas dans la pratique du nu, « de l’approche académique et historique de ses débuts à l’inscription du corps dans la modernité au cours de sa longue carrière ». Ses premiers travaux, inspirés des chefs d’œuvre de la Renaissance (la Vénus de Botticelli) ou des grands tableaux du XIXe siècle (La Mort de Sardanapale), laissent rapidement place à des scènes domestiques et des motifs familiers : femmes qui se lavent, se coiffent, sortent du bain. Prostituées ou bourgeoises, c’est selon. Un détail dans le décor, une attitude, un regard suffisent à différencier les unes des autres. Au fil des années, Degas expérimente aussi de nouvelles techniques picturales (superbes monotypes, parfois rehaussés de pastels) ainsi que des effets de mise en scène modernes (plongées et contre-plongées), qui témoignent du terrain conquis par la photographie à l’aube du XXe siècle tout en laissant présager la naissance prochaine du cinématographe.

L’artiste privilégie les couleurs chaudes, inonde de lumière les corps dénudés et charnus. « Jusqu’à présent, le nu avait toujours été représenté dans des poses qui supposent un public. Mais mes femmes sont des gens simples… Je les montre sans coquetterie, à l’état de bêtes qui se nettoient. » Curieux, violent, admiratif ou voyeur, Degas nous fait pénétrer dans l’intimité de ses figures féminines, décrites avec une précision anatomique. A mille lieux des créatures pulpeuses et mystiques dépeintes par Renoir, il représente des êtres simples, privés de visage mais non d’humanité.

N.B. : j’ai pu rentrer au Musée d’Orsay le soir de la Nuit des musées, mais les files d’attente sont parfois décourageantes ! Alors n’hésitez pas à réserver et évitez les heures d’affluence.

Camille P.

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