Le Sacre du printemps – Pina Bausch

Pour être honnête, je ne connais pas grand chose à la danse, mais il n’est jamais trop tard pour apprendre paraît-il… En regardant le film Pina de Wim Wenders (que je n’ai pas particulièrement apprécié d’ailleurs, mais j’aurais aimé le voir en 3D), consacré à la grande chorégraphe et danseuse Pina Bausch, j’ai eu le plaisir de découvrir sa version du Sacre du printemps de Stravinski (1881-1971).

Voici le résumé qu’en donne le compositeur dans ses Chroniques : « J’entrevis dans mon imagination le spectacle d’un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, et observant la danse à la mort d’une jeune fille, qu’ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps. »

Ça m’a tout simplement bouleversée. En voici donc quelques extraits :

Camille P.

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Pub-pub-idou – Marilyn dans la publicité

Bouche en cœur, yeux mi-clos, visage lumineux, Marilyn s’apprête à souffler la bougie qui orne son gâteau d’anniversaire. Pour sa 65ème édition, le Festival de Cannes a choisi comme icône la blonde la plus célèbre et la plus célébrée de l’histoire d’Hollywood, emblème du glamour et du mystère féminin. Une femme que quiconque peut reconnaître, en un clin d’œil, sur la couverture d’un magazine ou un écran de télévision.

En 1945, Norma Jeane Baker – alias Marilyn – illustre pour la première fois un encart publicitaire dans le magazine Movieland. Soixante ans plus tard, elle n’a pas pris une ride, moulée dans un jean Lewis ou murmurant « Dior j’adore » avec sensualité. Depuis un demi-siècle, la star vend tour à tour des bijoux, des cosmétiques ou des voitures, faisant le bonheur des publicitaires. Nombre de ses films demeurent inconnus du grand public, mais son effigie a fait le tour du monde. Et n’en finit plus de tourner.

Premiers pas

Repérée en 1945 par Emmeline Snively, directrice de l’agence de mannequins Blue Book Modeling Agency, Norma Jeane apprend rapidement les ficelles du métier : elle décolore ses cheveux châtains, peaufine ses postures, reconnaît les éclairages flatteurs, les angles avantageux. Plutôt timide, la jeune femme donne le meilleur d’elle-même face à l’objectif. Au début des années 1950, celle qu’on appelle désormais Marilyn met tout en œuvre pour devenir une starlette. Certes, elle vient de signer un contrat de sept ans avec la Fox, mais elle préfère miser sur ses portraits glamour et ses formes généreuses plutôt que sur ses talents de comédienne.

Pour attirer l’attention, rien ne vaut la publicité : cosmétiques, bijoux, vêtements, accessoires incongrus… Rien ne l’effraie. Marilyn bluffe les photographes par son audace et fait la couverture de dizaines de magazines. Sa stratégie s’avère efficace : elle obtient des rendez-vous avec les portraitistes du studio et multiplie les petits rôles. Son douzième film, Nid d’amour (Joseph Newman, 1951) lui permet d’acquérir la notoriété dont elle rêvait. Elle en profite pour réaliser une série d’affiches publicitaires pour la marque de chaussures de luxe City-club (« They are the shoes WOMEN like MEN in ! ») et les shampoings Rayve (« Such a wonderful shampoo ! It leaves my hair so shiny soft, so easy to curl ! »).

La publicité restera, pour Marilyn, une manière de soigner sa popularité. Au moindre coup de bambou, elle enchaîne les séances photo, laisse éclater son plus beau sourire. Après la sortie des Hommes préfèrent les blondes (1953), qui ne la consacre pas en tant qu’actrice comme elle l’avait espéré, elle rebondit grâce aux produits capillaires Hiltone (« Blonds prefer Hiltone ! »). Elle n’a peut-être pas tous les pouvoirs sur les plateaux de cinéma, mais elle gouverne l’univers de la pub en monarque absolue.

Comment devenir une icône en dix leçons

Lorsqu’elle rejoint l’agence de mannequins d’Emmeline Snively au milieu des années 1940, Norma Jeane est encore une brunette bien en chair au sourire trop franc. Attentive aux conseils de son mentor, elle apprend à mettre ses charmes en valeur : lèvres légèrement entrouvertes, nez relevé, expression figée comme si elle attendait de recevoir un baiser. Cette moue devient sa signature. Ne manque plus que la mouche tracée au crayon noir en-dessous de sa joue gauche, dans le creux du sourire, pour en faire une icône. « Elle n’avait ni le nez parfait d’Elizabeth Taylor, ni les lèvres sublimes de Brigitte Bardot, ni les magnifiques yeux en amande de Sophia Loren. Et pourtant, elle était plus troublante que toutes ces femmes réunies », admet le photographe Bert Stein en 1962.

Marilyn est un morceau de choix pour les publicitaires : ce visage qui semble sculpté dans la pierre, ces cheveux blonds figés par un nuage de laque, cette bouche pulpeuse éternellement entrouverte peuvent être reproduits à l’infini, comme sur les sérigraphies d’Andy Warhol. Même pixelisée (Nikon), rasée (Ozdemir), réduite à quelques pièces de monnaie juxtaposées (banque tchèque CSOB), son effigie est reconnaissable entre mille. D’autres modèles n’hésitent d’ailleurs pas à « emprunter » ces caractéristiques physiques, objets de culte et de désir : décoloration, cranté hollywoodien, rouge à lèvres éclatant, mouche et teint pâle suffisent à transformer Scarlett Johansson, Paris Hilton ou Anna Nicole Smith en avatars de Marilyn. La mine paraît inépuisable.

Un mythe sans cesse dépoussiéré

Les éléments fondateurs du « mythe » Marilyn pourraient se compter sur les doigts d’une main. Parfait : la publicité aime aller à l’essentiel et quelques images évocatrices valent tous les chefs-d’œuvre du monde.

Dim, Absolute Vodka, M&M’S, Eurostar, Opel… Ces marques ont pour point commun d’avoir utilisé, pour leurs campagnes publicitaires, la scène dite « de la grille d’aération ». Dans Sept ans de réflexion (Billy Wilder, 1955), Marilyn Monroe incarne une girl next door  un peu nunuche mais pas aguicheuse pour un sous, qui tente d’échapper à la chaleur estivale avec les moyens du bord : en s’installant, jambes écartées et jupe retroussée, au-dessus d’une grille de métro. La scène est devenue légendaire. Le 14 septembre 1954, des centaines de badauds s’étaient déplacés pour assister au tournage et apercevoir, entre deux courants d’air, la petite culotte de la star. Malgré la crise de jalousie de son époux Joe DiMaggio, Marilyn joua le jeu, titillant les photographes comme à son habitude, laissant sa robe se soulever avec grâce. Devenue symbole du glamour (un trésor pour les marques de sous-vêtements), cette image peut également être détournée à des fins humoristiques. Plusieurs publicités pour des spiritueux britannique représentent des hommes en kilt, dissimulant leurs dessous dans un réflexe pudique. Inutile de souligner le clin d’œil.

De même, les mélodies enjouées ou mélancoliques fredonnées dans ses films – la moitié d’entre eux étant des comédies musicales – n’ont pas échappé aux publicitaires. Si les accents jazzy de la star font songer à ceux d’Ella Fitzgerald, sa voix enjôleuse, métonymie de son corps, n’appartient qu’à elle. Le spot publicitaire pour la marque de bière (blonde !) Grolsch reprend sa plus célèbre complainte, « I wanna be loved by you », entonnée dans Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959). Vêtue d’une robe couleur chair très suggestive, Marilyne hausse les épaules avec insouciance en prononçant son célèbre « Poupoupidou » : curieuse onomatopée, qui scelle les lèvres dans un mouvement lascif. La sensualité cristallisée en quelques notes de musique.

Marilyn : célèbre inconnue ?

Bombe sexuelle, vamp, allumeuse… Dans la publicité, Marilyn est présentée comme un sex-symbol, embrassant langoureusement un bijou, laissant admirer sa chute de reins moulée dans un jean, caressant sa gorge après y avoir appliqué quelques gouttes de parfum…

Mais au cinéma, la blonde est plus souvent naïve que vénéneuse (exception faite de Niagara, réalisé par Henry Hathaway en 1953), recherchant un mari protecteur plutôt qu’un amant passionné. Poupée sans cervelle dans Sept ans de réflexion, elle s’étonne de voir les hommes lui sauter dessus à tout bout de champ. Quand son voisin se penche pour mieux admirer son déhanché affriolant et se bloque les cervicales, elle lui demande ingénument : « Vous ne vous êtes pas fait mal ? ». Dans Les Hommes préfèrent les blondes, elle est surprise en train de cajoler un vieillard richissime, mais le malentendu est bien vite dissipé : il lui expliquait tout simplement comment les bêtes sauvages capturent leurs proies dans la savane africaine. Curieux mélanges de candeur et de sensualité, les ravissantes idiotes qu’incarne Marilyn au cinéma n’ont rien d’aguicheuses. Mais le mythe a dépassé la femme et vampirisé l’actrice, au point de la transformer, aux yeux du grand public, en starlette frivole. Insaisissable, Marilyn ?

Camille P.

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Bouquet final, Michel Blazy

Jusqu’au 15 juillet 2012, le Collège des Bernardins présente « Bouquet final », une installation de l’artiste Michel Blazy. Édifiée dans l’ancienne sacristie du Collège, cette œuvre prend la forme d’une immense fontaine de mousse, qui se déverse lentement et continuellement tout au long de la journée. Les visiteurs observent ces milliers de bulles qui s’accumulent au fil des heures, ces couches de matière blanchâtre et légère qui prennent de l’ampleur jusqu’à déborder et tapisser le sol.

A la fois absurdes et périssables, les créations de Michel Blazy sont toujours composées de matériaux du quotidien : aliments, papier aluminium, sacs plastiques, savon… « J’ai un fils qui fait des potions magiques et je fais la même chose, je mélange, je regarde et je cherche à provoquer mon propre étonnement. » Il utilise cette fois-ci du bain moussant pour poursuivre sa réflexion sur le vivant et l’évolution permanente de toute chose : la mousse qui gonfle et recouvre les murs rappelle ainsi les moisissures ou les champignons qui apparaissent sur les aliments laissés à l’abandon. L’œuvre naît chaque matin et meurt chaque soir, mimant le caractère éphémère de la vie.

Mais le travail de Michel Blazy invite également à une réflexion sur la surconsommation et l’abondance de nos sociétés. Un « Bouquet final » qui inquiète autant qu’il fascine, à la manière d’un gigantesque feu d’artifice.

Exposition en accès libre du lundi au samedi, de 10h à 18h et le dimanche de 14h à 18h

Camille P.

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Couleur de peau : miel

Prises de vue réelles et images animées sont mises au service d’une réflexion passionnante sur l’adoption et la construction identitaire.

« Nous étions nombreux dans le quartier. Ça faisait chic d’avoir son petit Coréen. C’était comme acheter une nouvelle voiture… mais ça nécessitait un peu plus d’entretien. » Jung, auteur de bandes dessinées et réalisateur de ce passionnant documentaire d’animation, fait partie des 200 000 enfants adoptés dans le monde depuis la fin de la guerre de Corée. A cinq ans, il est parachuté en Belgique, dans une famille qui compte déjà quatre marmots bien blancs. Sa peau « couleur de miel » ne semble pas déranger le reste de la fratrie : « Pour eux, j’étais un des leurs. Pour moi, les choses n’étaient pas toujours aussi simples. » Dans cette campagne belge à la fois accueillante et hostile, Jung fait son petit bonhomme de chemin, falsifie ses relevés de notes, embête les filles, encaisse les raclées, rêve d’un ailleurs où le ciel serait plus bleu.

Adapté du long roman graphique de Jung, Couleur de peau : miel n’en est pas l’exacte transposition : les images animées qui nous plongent dans l’enfance du narrateur alternent avec des prises de vue réelles, des photographies et des films tournés en Super 8, procédé qui rappelle parfois Crulic, le chemin vers l’au-delà, de la documentariste roumaine Anca Damian. Quarante ans après avoir quitté son pays natal, le réalisateur part sur les traces de son passé, explore cette Corée mystérieuse qui n’a jamais cessé de le hanter. En rendant compte de sa propre expérience, il amorce une réflexion quasi universelle sur l’adoption, le déracinement et la construction identitaire.

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Camille P.

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Mélodie pour un tueur (Fingers)

Sorti en 1978, le polar de James Toback a inspiré Jacques Audiard vingt-cinq ans plus tard. Qu’en reste-t-il ?

Une petite frappe qui lave le linge sale de son escroc de père tout en rêvant de devenir un pianiste virtuose ? Curieusement, le synopsis de Fingers (Mélodie pour un tueur) ne nous est pas étranger. Et pour cause, c’est dans ce film américain méconnu que Jacques Audiard est allé puiser l’argument d’une de ses œuvres les plus abouties, De battre mon cœur s’est arrêté. Du polar urbain de James Toback,  Audiard a su conserver la crème de la crème : une relation à la fois tendre, conflictuelle et masochiste entre un truand et son fils, dont le destin d’assassin est momentanément contrarié par la perspective de devenir musicien.

Jimmy Angelelli (Harvey Keitel), la trentaine passée, est un petit con qui vit de magouilles, de trafics et de relations sans lendemain avec des femmes légères. Mais il se passionne surtout pour la musique. Rock des années 1950 ou chefs-d’œuvre classiques, peu lui importe : il lui faut sa dose quotidienne de notes, de sons, de vibrations. Constamment muni de son lecteur de cassettes audio (le iPod de l’époque) qu’il dresse comme une barrière entre lui et le monde, il fait raisonner Summertime, Summertime dans les rues grisâtres et les bars malfamés de New-York. Lorsque ses doigts ne lui servent pas à cogner ou étrangler, ils caressent les touches d’un piano. Face au clavier, le visage de Jimmy est secoué de spasmes, de mimiques grotesques exprimant tour à tour le plaisir et la souffrance : il accouche de lui-même.

Car le jeune type s’est imaginé un avenir de concertiste, loin de la violence et du crime dans lesquels baigne son paternel. Avec ses moustaches de morse, sa voix usée par le tabac, ses sourcils épais et ses costumes moutarde, Michael V. Gazzo surjoue le mafioso miteux/dangereux (rayez la mention inutile) et on ne peut s’empêcher de lui préférer son homologue français, Niels Arestrup, parfait dans son rôle d’ogre impuissant. Harvey Keitel tire son épingle du jeu en incarnant un être frustre, macho au possible, à la fois séduisant et tête à claque : comme le Travis de Taxi Driver, il prétend juger et surplomber ceux qui l’entourent mais se révèle aussi fêlé qu’eux. Houspillé par un voisin de table qui lui demande de baisser le son de sa radio, Jimmy n’hésite pas à lui sauter au cou, toutes griffes dehors.

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Camille P.

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Une Seconde Femme

Les faux-semblants fragilisent une famille d’immigrés turcs jusqu’à la faire imploser. Saisissant.

Les traits tirés, le regard las, Fatma contemple son reflet dans un miroir usé. Presque aussi usé qu’elle. Quel âge a-t-elle, au juste ? Quarante, cinquante, soixante ? Difficile à dire : son foulard parfaitement ajusté lui confère une grâce de Madone. Fatma s’est dévouée à son mari Mustafa et à leurs six enfants comme d’autres s’offrent à Dieu, pleinement et sans remords. Maintenant que le cancer la ronge, il lui faut trouver une remplaçante, une créature dotée du même esprit de sacrifice qu’elle. Elle jette son dévolu sur Ayse, une jeune fille turque de dix-neuf ans, qu’elle ramène avec elle à Vienne pour servir de seconde femme à Mustafa.

Dans ce premier long métrage (le réalisateur autrichien Umut Dag s’était fait remarquer en 2011 avec Papa), tout est affaire d’apparences et de faux-semblants : le plus important est de préserver l’honneur et le prestige social de la famille, quitte à recourir à des mensonges et à des supercheries grossières. Fatma décide de faire passer Ayse pour l’épouse de son fils et de dissimuler sa maladie autant que faire se peut. Sourire, toujours sourire. C’est la seule solution qu’elle ait trouvée pour empêcher les voisins de répandre leur venin, eux qui profitent du moindre faux-pas pour vous mettre à terre et vous dévorer tout cru. La majeure partie du film se déroule au sein de l’appartement familial, cocon ou prison dans lequel s’enferment les femmes afin d’échapper aux soupçons. Mais les vautours rôdent. La moindre sortie au supermarché, la moindre connaissance croisée sur le palier devient une menace, capable de percer à jour le secret de Fatma et d’Ayse. Les miroirs sont là pour ramener les personnages à la réalité : dans la salle de bain, le soir venu, les foulards et les masques tombent enfin.

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Camille P.

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Old Ideas, le dernier album de Léonard Cohen

À 77 ans, Leonard Cohen vient de sortir un nouvel album. Old Ideas est son 12e disque et le premier enregistrement en studio depuis huit ans. Un événement, donc, pour le monde de la musique, pour qui le « dandy ténébreux » est depuis longtemps déjà un grand nom.

Cohen est musicien, mais aussi poète et romancier. Son œuvre musicale emprunte beaucoup à la littérature. Les paroles y sont particulièrement travaillées, poétiques, et le rythme joue sur les hémistiches et les césures comme l’aurait fait un Rimbaud. Dans ses premiers albums, Leonard Cohen se situait aux frontières de la musique folk et déjà il mettait l’accent sur sa belle voix grave. Avec le temps, celle-ci s’est affinée, « aggravée » encore, jusqu’à devenir cette voix de basse, profonde et sépulcrale qui sublime Old Ideas. Son style s’est précisé dès les années 80 où il s’ouvre à une musique plus hétérogène, empruntant à la pop, au jazz et au gospel. C’est lors de cette période qu’il adopte le synthétiseur et les chœurs féminins qui contrastent avec sa voix si basse.

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